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Phytosanitaires en viticulture 2026 : phosphonates, lysat d'amibe et nouvelles armes contre le mildiou

Par Sylvie M.

6 min de lecture
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Il y a dans l'arsenal phytosanitaire du viticulteur quelque chose qui change profondément en 2026. Non pas une révolution brutale, mais une mutation progressive où le biocontrôle gagne du terrain sur la chimie conventionnelle, où les phosphonates s'élargissent et où une innovation singulière — le lysat d'amibe — s'apprête à bouleverser la lutte contre le mildiou. C'est tout un paradigme de protection du vignoble qui se redessine.

Le mildiou, ennemi numéro un#

Pour qui ne fréquente pas les rangs de vigne, rappelons l'enjeu. Le mildiou (Plasmopara viticola) est un oomycète — un organisme apparenté aux champignons — capable de détruire une récolte entière en quelques semaines si les conditions lui sont favorables : chaleur, humidité, pluies printanières. En 2024, des épisodes de mildiou particulièrement virulents ont rappelé aux viticulteurs la fragilité de leurs récoltes.

La lutte contre le mildiou repose historiquement sur le cuivre (bouillie bordelaise) et les fongicides de synthèse. Mais les deux approches sont sous pression : le cuivre est limité réglementairement à 4 kg/ha/an en moyenne sur cinq ans par l'Union européenne, et les fongicides de synthèse font l'objet de restrictions croissantes de l'ANSES. C'est dans ce contexte de tension réglementaire que les innovations 2026 prennent tout leur sens.

Les phosphonates : élargissement de la gamme#

Les phosphonates de potassium constituent l'une des avancées majeures du biocontrôle en viticulture. Ces substances stimulent les défenses naturelles de la vigne (effet SDN — Stimulateur des Défenses Naturelles) tout en exerçant une action fongicide directe sur le mildiou.

En 2026, la gamme s'étoffe significativement. Ascenza lance Allurion/Sportaris à base de 782,1 g/l de phosphonate de potassium, recommandé en préventif avant ou après floraison à des doses de 2 à 2,5 l/ha selon la pression parasitaire. Nufarm commercialise de son côté Xilivert/Foshield à 726 g/l de phosphonate de potassium.

Ces produits s'intègrent dans une stratégie de réduction des fongicides conventionnels. Utilisés en alternance ou en complément, ils permettent de diminuer le nombre d'applications chimiques tout en maintenant un niveau de protection efficace. Pour les viticulteurs engagés dans une démarche de viticulture bio ou biodynamique, les phosphonates représentent une option intermédiaire précieuse.

Le lysat d'amibe : la rupture#

On perçoit ici une innovation de rupture. La société française Amoéba a développé un produit baptisé Axpera, basé sur des lysats de cellules d'amibes. Le principe est aussi élégant que contre-intuitif : les amibes produisent naturellement des métabolites aux propriétés fongicides qui empêchent le développement du mycélium et la sporulation du mildiou, tout en étant actifs sur les premières formes du pathogène avant même sa pénétration dans les feuilles.

Les résultats d'essais 2025 sont probants. Associés à des doses réduites de cuivre, les lysats d'amibe ont permis de réduire le mildiou de 58 % sur les grappes. Koppert, le géant néerlandais du biocontrôle, prévoit de commercialiser le produit sous le nom de Tiagan pour la campagne 2026.

Si les autorisations de mise sur le marché sont confirmées, ce sera la première fois qu'un organisme unicellulaire aussi éloigné des champignons et des bactéries habituellement utilisés en biocontrôle entre dans la pharmacopée viticole. Une authentique innovation de rupture dans un secteur où les avancées sont généralement incrémentales.

Cuivre bio : optimiser sous contrainte#

Pour les viticulteurs en agriculture biologique, le cuivre reste incontournable mais sa gestion devient un exercice d'orfèvrerie. La limite de 28 kg/ha sur sept ans (soit 4 kg/ha/an en moyenne) impose une optimisation rigoureuse des traitements.

Les innovations 2026 visent principalement à améliorer l'efficacité du cuivre à dose réduite. Les formulations de nouvelle génération offrent une meilleure adhérence au feuillage et une résistance accrue au lessivage par la pluie. Combinées aux phosphonates et au lysat d'amibe, elles permettent d'envisager des programmes de protection intégrant moins de 3 kg/ha de cuivre par an — un progrès notable.

La biodynamie pousse cette logique encore plus loin, en intégrant les préparations biodynamiques comme complément à la protection phytosanitaire classique. Les résultats restent discutés par la communauté scientifique, mais les domaines biodynamiques affichent souvent des niveaux de santé du vignoble remarquables.

La confusion sexuelle : efficacité silencieuse#

Moins spectaculaire que le lysat d'amibe, la confusion sexuelle continue de progresser en viticulture. Cette technique de biocontrôle consiste à saturer l'atmosphère du vignoble en phéromones de synthèse pour empêcher les papillons ravageurs (eudémis, cochylis) de se reproduire. Pas de contact, pas de résidu, pas de résistance.

Les diffuseurs de nouvelle génération couvrent des surfaces plus importantes et durent plus longtemps, réduisant le coût par hectare. Pour les viticulteurs qui cherchent à s'affranchir des insecticides, c'est une alternative éprouvée dont l'efficacité est documentée depuis plus de quinze ans.

Le contexte réglementaire ANSES#

C'est tout un cadre réglementaire qui se durcit. L'ANSES poursuit sa réévaluation des substances actives autorisées en viticulture, avec des retraits de molécules qui réduisent progressivement la palette disponible. Chaque retrait renforce l'urgence de disposer d'alternatives viables.

Les innovations de 2026 arrivent donc à point nommé. Les phosphonates élargis et le lysat d'amibe ne sont pas des gadgets : ce sont des solutions qui répondent à un besoin structurel du vignoble français. Sans elles, les viticulteurs — bio comme conventionnels — se trouveraient dans une impasse face au mildiou dans un contexte de changement climatique qui favorise les épisodes de pression parasitaire intense.

Quel programme de traitement en 2026#

Pour le viticulteur qui prépare sa campagne, les options 2026 dessinent un programme plus diversifié que jamais. Un schéma type pourrait intégrer :

  • Des phosphonates en préventif sur les stades précoces (débourrement à pré-floraison)
  • Du lysat d'amibe Axpera en complément à floraison, moment critique pour le mildiou
  • Du cuivre à dose réduite en post-floraison et avant véraison
  • De la confusion sexuelle contre les tordeuses, posée en début de saison

Ce type de programme intégré vise un double objectif : maintenir un niveau de protection élevé tout en réduisant l'empreinte chimique globale. Les pratiques d'éco-conception viticole ne se limitent pas au packaging : elles commencent au vignoble, dans le choix des traitements.

Ce qui reste à faire#

Il serait imprudent de présenter ces innovations comme la solution définitive. Le mildiou est un organisme adaptable, et l'histoire de la protection des cultures montre que chaque avancée est suivie, tôt ou tard, d'une adaptation du pathogène. La diversification des modes d'action est précisément la meilleure stratégie pour retarder l'apparition de résistances.

Les essais de terrain devront confirmer l'efficacité du lysat d'amibe en conditions réelles, sur plusieurs millésimes et dans différents contextes pédoclimatiques. Les phosphonates, bien que prometteurs, devront démontrer leur compatibilité sur le long terme avec les objectifs de réduction des intrants.

Pour les viticulteurs, ces innovations représentent à la fois un espoir et un défi : l'espoir de protéger leurs vignes avec moins de chimie, le défi de maîtriser des programmes de traitement plus complexes et plus techniques. C'est le prix de la transition vers une viticulture plus durable — un investissement dans l'avenir du vignoble français.

Sources#

SM

Sylvie M.

Critique culturelle & littéraire

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